« Nuò mǐ jī » / « Lo mai gai » : riz gluant au poulet cuit en feuille de lotus, à la Cantonaise

The recipe in English : « Nuò mǐ jī » or « Lo mai gai » : Cantonese steamed sticky rice with chicken wrapped in lotus leaf.

Nuò Mǐ Jī, Riz gluant au poulet en feuille de lotus

Officiellement, c’est vrai qu’on est déjà au printemps ; c’est normalement le moment où des recettes légères, végétales et des photos aux couleurs vives, inondées de lumière, commencent à fleurir sur les blogs de cuisine. Mais avec le temps changeant que nous avons eu ici ces derniers temps (il gelait encore il y a à peine deux semaines, et le fameux proverbe au sujet du mois d’avril prend désormais tout son sens…), j’ai eu envie de me cuisiner des plats à l’image des pulls en laine que je continue de porter : chauds, doux et rassurants. Vous, à quoi pensez-vous quand vous avez besoin d’un  plat réconfortant ? En ce qui me concerne, c’est au riz.

Pourtant le riz a longtemps été étranger à ma culture culinaire. On en mangeait rarement chez mes parents, et on le cuisinait encore moins souvent. Mon premier risotto, c’est moi-même qui l’ai préparé, et au restau « chinois », j’ai toujours préféré les nouilles sautées au riz cantonais. Et puis un jour… ma vie a basculé, du côté asiatique de la force ^^.

En fait, il se trouve que mon ogre adoré, qui a séjourné un an en Chine, a longtemps eu du mal à me rendre vraiment curieuse vis-à-vis de cette lointaine contrée ; à l’époque, je ne connaissais vraiment pas grand-chose à la culture asiatique à part quelques mangas et films d’animation japonais. Par contre, c’est à cette époque que je suis « tombée dans la marmite », et ai commencé à me passionner pour la cuisine. L’un dans l’autre, il y a presque deux ans maintenant, M. l’Ogre m’a offert un livre sur la gastronomie chinoise pour mon anniversaire ; le dépaysement culinaire qu’il a vécu ne lui avait pas forcément laissé de bons souvenirs (et c’est un euphémisme), mais connaissant ma capacité d’adaptation hors normes quand il s’agit de boustifaille, il s’était dit que ça devrait me plaire. Et ce fut le cas, sauf que ça a pris des proportions qui ont largement dépassé ses calculs (si calculs il y avait) : non seulement je bous maintenant d’impatience à l’idée de partir un jour en Chine, mais il ne s’attendait probablement pas à ce que je cuisine chinois presque la moitié de la semaine (ben oui, pour rattraper presque un quart de siècle de retard concernant une cuisine aussi variée, il faut accepter de sacrifier quelques plats de pâtes, steaks et gratins…) ! Je ne vais pas me la jouer car je n’aurai sans doute pas assez d’une vie pour en faire le tour, mais je ressens au quotidien l’appropriation de cette culture culinaire a priori totalement étrangère : des ingrédients aussi inhabituels dans ma cuisine que le soja, l’huile de sésame et le vin de riz, la ciboulette chinoise, les champignons séchés, les œufs salés ou de cent ans, les crevettes séchées, les fleurs de lys, les jujubes ou la racine de lotus, et j’en passe, y ont fait leur trou et me sont désormais devenus familiers, leurs saveurs me manquant lorsque je reste longtemps sans les utiliser ! Mon ogre dit d’ailleurs que je vais un jour me réveiller avec les yeux bridés😀

Bref, revenons-en à nos grains de riz. Grâce à tout ça, je me suis prise de passion pour ce dernier. Ne serait-ce qu’avec la douce odeur du riz qui cuit et qui répand sa chaleur parfumée dans l’appartement, il y a de quoi être conquis… En plus, le riz est très digeste (c’était la seule chose que je pouvais manger sans avoir de crampes d’estomac quand je suis tombée malade cet hiver), et j’ai découvert il y a peu qu’il pouvait constituer un excellent petit-déjeuner, surtout lorsque l’on essaie de manger plus sainement (eh oui, même les ogres peuvent avoir des prises de conscience ^^). Et j’ai aussi découvert que comme pour les pâtes, il y a une infinité de façon de le déguster !

Celle-ci en est une que je trouve vraiment intéressante. Il s’agit d’une recette classique des restaurants de dim sum (ce qui signifie littéralement « toucher le cœur » : comme je vous le disais, c’est de comfort food qu’il est question aujourd’hui !), dont vous avez peut-être déjà entendu parler. Le principe de ce type de restauration, qui est traditionnellement associé à la cuisine cantonaise, est d’accompagner la dégustation du thé de différents plats servis en petites portions, d’une façon plus ou moins ritualisée. Mais oubliez l’image des mignardises qu’on sert avec le thé en France ! Non seulement ce sont des plats à dominante salée, mais en plus il y a de quoi faire un copieux repas, pas juste un goûter (d’ailleurs, contrairement à la tendance en Occident, le thé est considéré en Asie comme une boisson pouvant accompagner tous les repas).

Je ne vais pas entrer dans davantage de détails, mon article est déjà suffisamment long comme ça et vous pourrez facilement trouver plus d’informations sur le sujet s’il vous intéresse ! Venons-en donc au fait : les nuò mǐ jī, ou lo mai gai en Cantonais, peuvent à mon sens constituer un repas à eux seuls, ou un en-cas salé bien complet.

La base de cette recette est le riz gluant ou glutineux, qui en vérité n’est pas si gluant que ça, en tous cas pas comme du riz mal cuit… Il a un goût irrésistible, que je ne pourrais pas vraiment décrire, mais qui fait qu’on l’appelle aussi « sweet rice » en anglais ; il est souvent servi comme accompagnement, à la place du riz blanc, en Asie du Sud-Est. Cuit à la vapeur, il est ici associé à une farce savoureuse, qui comprend avant tout du poulet (la signification de « « ) mais aussi d’autres ingrédients typiquement asiatiques qui viennent l’enrichir : saucisse chinoise (parfumée et un peu sucrée), champignons parfumés (ou shiitake), crevettes séchées, gingembre, sauce d’huître, entre autres. Je vous invite à aller voir les blogs « Recettes d’une Chinoise », « Taste Hong Kong » (en anglais) ou « Piment Oiseau » si c’est du chinois pour vous (:D) ; mais ne vous inquiétez pas, ce sont des aliments de base que l’on trouve dans toutes les supérettes asiatiques (ou sur Internet, à des prix toutefois moins modiques), même si l’on peut avoir besoin d’un conseil de l’épicier(ière) pour s’y retrouver ! N’hésitez pas non plus à consulter mon article sur le magasin Paris Store à Roubaix, que j’ai récemment mis à jour en ajoutant des photos et qui vous donnera une petite idée de la façon de se procurer les différents éléments de cette recette.

Ne vous sentez pas pour autant forcés de la respecter à la lettre : celle que j’ai suivie est assez classique, mais on peut utiliser toutes sortes d’ingrédients pour la farce (du porc rôti « char siu », du canard laqué, des jaunes d’œufs salés cuits, des châtaignes, etc) alors faites selon vos goûts, le principal est que ce soit pour vous un repas aussi réconfortant qu’il l’est pour moi !

Le plus ingénieux dans cette recette, et le plus intriguant pour le néophyte, c’est l’utilisation de la feuille de lotus séchée (et réhydratée) : le riz farci est enveloppé dedans pour être recuit à la vapeur, ce qui non seulement en fait un mets facilement transportable et un peu mystérieux, mais surtout lui confère une délicate touche aromatique supplémentaire (on retrouve cette méthode de préparation, avec une cuisson différente, pour les zòng zi, un mets festif à base de riz gluant et de feuilles de bambou que je vous encourage à essayer aussi). J’adore l’étape de l’ouverture de la feuille, quand la vapeur chargée des différents parfums se dégage ! Rien que d’y penser, ça me donne une de ces faims… ^^

Notez que si vous n’arrivez pas à mettre la main sur des feuilles de lotus, vous pouvez tout de même vous lancer en faisant comme Létitia du blog « Piment Oiseau » ici, qui a eu l’idée de remplacer, apparemment avec succès, des feuilles de bananier par du papier sulfurisé. Dans ce cas, superposez-en deux feuilles en leur donnant plus ou moins la forme des feuilles de lotus et en respectant le pliage décrit ci-dessous.

Voilà les présentations faites, maintenant il n’y a plus qu’à se mettre aux fourneaux ! Un conseil : lisez bien la recette en entier avant de vous lancer. Je tiens tout de même à préciser, pour finir, que même si ça a l’air terriblement looong et fastidieux, ça vaut la peine de ne pas se décourager ! En plus, la confection des paquets à base de feuilles de lotus est d’une simplicité enfantine par rapport à d’autres recettes du même genre (comme les zòng zi, qui requièrent quand même une certaine pratique). Je ne vais pas vous mentir, c’est sûr que ça prend plus de temps que de se faire une soupe de nouilles instantanée, mais pour être tout à fait honnête avec vous, ça m’en a pris bieeeeeen moins de faire la recette que de réaliser cet article ! Je vous encourage en tous cas, si vous aimez, à en faire un peu plus à la fois, comme ça vous pourrez les congeler et vous en réchauffer un quand l’envie vous en prend : c’est très pratique quand on est seul(e) à la maison, pressé(e) ou qu’on n’a pas envie de se prendre la tête.

Riz gluant au poulet en feuille de lotus – d’après A. Nguyen, Asian Dumplings.

Ingrédients (pour 4 petites portions individuelles en tant qu’entrée ou snack ; pour un repas complet, compter 2 portions par personne avec une salade en accompagnement) :

  • 2 feuilles de lotus séchées (elles sont rondes à l’origine, mais vendues en général pliées en 2, ce qui leur donne l’apparence d’éventails gris-vert, d’environ 50cm de large ; attention lorsque vous les sortez du paquet : c’est assez fragile, et en plus il peut y en avoir qui sont « c0llées » ensemble) – en prévoir 1 ou 2 de plus s’il y a trop de trous dedans ou que vous avez peur de ne pas réussir tout de suite
  • 1.5 tasse (280g) de riz gluant
  • 3/4 tasse d’eau (environ 200 ml)
  • 1/3 c.c. de sel
  • 100g de cuisse de poulet désossée (je préfère garder la peau mais faites selon vos goûts) – Note : si vous utilisez des pilons pour une recette, vous pouvez garder les hauts de cuisse pour celle-ci, ils sont plus faciles à désosser et découper (pour faire cette recette, j’ai utilisé 2 petits hauts de cuisse que j’ai découpé en 4 morceaux chacun)
  • 1 saucisse chinoise « lap cheong« , nature ou aromatisée au mélange cinq-épices (environ 30g)
  • 2-3 petits shiitake (champignons parfumés, lentins de chêne) séchés – 7-8g environ
  • 10-15g de crevettes séchées (si vous n’aimez pas ça ou que vous n’en avez pas à disposition, utilisez à la place 50g de crevettes crues, décortiquées et déveinées, comme dans la recette originale)
  • 1 petite gousse d’ail
  • 1 fine tranche de gingembre frais, pelée

Pour la marinade du poulet :

  • 1/4 c.c. de fécule de maïs
  • 1/2 c.c. de sauce d’huître (j’en vois déjà certains froncer les sourcils, mais soyez rassurés, ça n’a pas un goût d’huître mais plutôt de sauce barbecue)
  • 1/4 c.c. d’huile de sésame asiatique
  • 1/8 c.c. de sucre
  • 1/2 c.c. de vin de riz pour la cuisine à 15° (Shaoxing ou Hua Tiao) ou à défaut de vin blanc viné, type Xérès

Pour l’assaisonnement de la farce :

  • 1 c.c. de fécule de maïs
  • 1 c.c. de sauce d’huître
  • 3/4 c.c. de vin de riz Shaoxing ou Hua Tiao
  • 3/4 c.c. de sauce de soja claire
  • 1/4 c.c. de sauce de soja foncée
  • 1/4 c.c. de sucre
  • 1 pincée de poivre blanc (ou noir si vous n’en avez pas)
  • 2 c.s. (environ 30ml) d’eau claire ou d’eau de trempage des champignons (voir plus bas)

Préparation :

Le plus important dans cette recette est de choisir et préparer correctement chacun des ingrédients. Mais même si ça nécessite un peu de patience, ce n’est pas aussi compliqué que ça en a l’air !

les champignons

Préparation des shiitakes

La veille au soir, rincer rapidement les champignons à l’eau claire puis les mettre à tremper dans de l’eau, à température ambiante. Si vous oubliez ou que vous ne pouvez pas vous y prendre trop à l’avance, prévoyez au minimum 2 heures de trempage : ils doivent être complètement réhydratés, bien imbibés et moelleux.

Au moment de commencer la préparation de la farce, jeter l’eau de trempage (vous pouvez en garder 2 c.s. pour remplacer l’eau dans l’assaisonnement, si vous aimez le goût des champignons parfumés) et presser les champignons pour en extraire l’excédent d’eau.

Couper le pied et les détailler en dés.

les autres ingrédients de la farce

Pour ceux-ci, c’est plus simple !

Mélanger les ingrédients de la marinade dans un récipient creux et incorporer la chair de poulet préalablement découpée en petits dés, en veillant à ce qu’ils soient tous bien enrobés. Laisser reposer à température ambiante pendant 15 min.

Poulet mariné

Faire tremper les crevettes séchées dans de l’eau à température ambiante jusqu’à ce qu’elles soient ramollies (10-15 min), puis jeter l’eau et les laisser sécher sur du papier absorbant.

Préparation des crevettes séchées

Si vous utilisez des crevettes fraîches, coupez-les en tronçons de taille équivalente aux dés de saucisse et de champignons.

Pendant le temps de marinade du poulet et de trempage des crevettes, occupez-vous de la lap cheong : si la peau vous semble un peu épaisse, pelez-la, elle cuira plus facilement. Sinon, contentez-vous de la détailler en dés de la même taille à peu près que celle des dés de champignons.

Préparation de la lap cheong

Pour finir, hacher l’ail et le gingembre, et mélanger les ingrédients de l’assaisonnement de façon à obtenir une sauce homogène.

la farce

Lorsque tous les ingrédients sont prêts, faire chauffer l’huile de tournesol ou colza dans une poêle ou un wok à feu vif. Veiller à tout avoir à portée de main pour pouvoir agir rapidement (c’est le propre des cuissons de plats sautés).

Faire revenir l’ail et le gingembre quelques instants, pour faire ressortir leur arôme, puis ajouter le poulet mariné et faire sauter jusqu’à ce qu’il soit uniformément coloré. Incorporer les dés de lap cheong et de champignons ainsi que les crevettes séchées (si vous utilisez des crevettes fraîches, les ajouter après, 1min avant la sauce) et poursuivre la cuisson une petite minute, jusqu’à ce que le gras de la saucisse ait fondu. Pousser les ingrédients vers les bords de la poêle ou du wok et verser au centre la sauce que vous aurez bien remuée au dernier moment pour éviter que la fécule ne reste au fond. Si le mélange épaissit trop vite, sortir la poêle du feu ; poursuivre la cuisson en remuant de façon à ce que les ingrédients soient uniformément enrobés de sauce et s’agglomèrent. Vérifier la cuisson du poulet, il doit être tendre mais pas rosé.

Farce des Nuò Mǐ Jī

Transférer la farce sur une assiette ou dans un autre récipient et la laisser refroidir. Notez que la farce peut être réalisée deux jours à l’avance si vous la conservez au frais, couverte, après refroidissement total ; mais il faudra alors penser à la sortir du réfrigérateur lorsque vous commencerez à préparer le reste de la recette, de façon à ce qu’elle soit à température ambiante au moment de la cuisson.

le riz

Préparation du riz gluant

Au moins 2h à l’avance (ou également toute une nuit), placer le riz dans un saladier ou un grand bol et le recouvrir d’eau de façon à ce qu’elle arrive à 1cm au-dessus du niveau du riz.

Au moment de préparer les Nuò Mǐ Jī, l’égoutter et le rincer à l’eau claire et fraîche, puis le laisser à nouveau s’égoutter.

Secouer la passoire pour éliminer l’excédent d’eau juste avant de transférer le riz dans un récipient pour la cuisson vapeur. Là, plusieurs solutions s’offrent à vous.

Soit vous avez un super cuiseur-vapeur de compét’ comme celui que m’a offert mon a-do-rable M. l’Ogre (en fait je le soupçonne d’en avoir eu marre que l’odeur des paniers vapeur en bambou envahisse l’appartement ^^), un cuit-vapeur plus « traditionnel » ou des paniers vapeur en bambou, justement : dans ce cas, mélanger le riz avec l’eau et le sel dans un récipient adapté, le mettre à cuire au-dessus de l’eau bouillante pendant 25 min en le mélangeant avec des baguettes ou une spatule au bout d’une dizaine de minutes, puis le laisser reposer à couvert encore 10 minutes. Ce sont les instructions de la recette mais je procède en général plus simplement : après avoir fait tremper le riz dans de l’eau toute une nuit, je l’étale sur du papier sulfurisé ou de la gaze au fond du panier du cuiseur-vapeur et le fais cuire 40 min en le retournant à mi-cuisson ; je pense que c’est ce que je ferai la prochaine fois car il est tout de même assez tendre et cela permettrait de former plus facilement les « galettes » de riz gluant dont on a besoin dans cette recette (voir ci-dessous).

Soit vous avez un cuiseur de riz : dans ce cas, remettez-vous-en au mode d’emploi de votre appareil pour les proportions de liquide à ajouter et le temps de cuisson.

Soit vous n’avez aucun gogo-gadget à vapeur, et dans ce cas… no problemo quand même ! Car comme l’explique brillamment Leela du blog « She Simmers » ici, il existe des moyens détournés de cuire à la vapeur. J’en suggérais moi-même un dans cet article :

Si vous n’avez pas de récipient spécifique pour la cuisson vapeur, posez un ramequin (de 4-5 cm de profondeur), retourné, au fond d’une grande marmite ; versez de l’eau à mi-hauteur du ramequin, amenez-la à ébullition, puis déposez sur le ramequin retourné une assiette d’un diamètre inférieur à celui de la marmite sur laquelle vous aurez disposé vos Saint-Jacques ; couvrez (la vapeur va circuler à l’intérieur) et procédez comme pour les paniers en bambou.

Il a l’avantage de permettre l’ajout d’eau, comme dans la première technique de cuisson décrite ci-dessus.

Dans tous les cas, il faut être attentif à l’apparence du riz : à la fin de la cuisson, les grains doivent être translucides, d’une couleur un peu nacrée, et naturellement, coller les uns aux autres en formant une sorte de galette. S’il a l’air un peu sec, ajouter 1-2 cs d’eau et laisser reposer toujours à couvert, de façon à ce que le riz l’absorbe.

les feuilles de lotus

Pour finir, il vous faut préparer les feuilles de lotus ; profitez du temps de cuisson du riz pour vous en occuper.

Préparation d'une feuille de lotus

Couper chaque feuille de lotus en deux par le milieu de l’ « éventail » (1), puis les placer dans une grande cocotte et les couvrir d’eau. Porter l’eau à ébullition en veillant à ce que les feuilles soient bien submergées ou en les retournant dans la cocotte à mesure qu’elles deviennent plus souples ; il faut qu’elles soient réhydratées sur toute leur surface, bien vertes. On peut aussi les faire tremper directement dans de l’eau chaude, jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment manipulables.

Laisser refroidir un peu le contenu de la cocotte, puis en sortir les feuilles et les rincer à l’eau froide. Les débarrasser de l’excédent d’eau, puis découper aux ciseaux environ 4 cm de pointe, où les feuilles sont plus difficiles à manipuler (2).

Séparer les deux couches de chacune des moitiés de feuilles de lotus en coupant le long de la pliure (3), puis éventuellement égaliser les bords un  peu trop déchirés.

l’assemblage

Cette étape est somme toute la plus simple, mais voici tout de même un petit tutoriel en dessins.

Pliage d'une feuille de lotus

Placer deux morceaux de feuille de lotus sur le plan de travail, la face plus sombre et nervurée (edit : au temps pour moi, j’ai toujours cru que c’était la face nervurée qu’il fallait mettre à l’intérieur mais en fait il semblerait que ce soit l’autre, comme on peut le voir dans la recette de Margot Zhang ; je me sens un peu bête de publier une recette comme si je la maîtrisais alors que ce n’est pas le cas, mais au moins vous ne ferez pas la même erreur que moi !) vers le haut, en les faisant se superposer sur une largeur de 10-15 cm, de façon à reconstituer une forme d’éventail. Graisser la surface avec un peu d’huile.

Diviser le riz cuit et un peu refroidi en 8 portions égales. Huiler ou humidifier vos mains, prélever une portion et lui donner une forme de galette rectangulaire (d’environ 1 cm d’épaisseur), puis la déposer au centre de l’éventail.

Diviser la farce en 4 portions égales. En répartir une sur le riz en la centrant et en essayant de laisser les bords libres.

Recouvrir avec une deuxième portion de riz façonnée comme la précédente.

Le pliage est aussi simple que de faire un paquet cadeau ! Commencer par replier le bas des feuilles de lotus vers le haut, de façon à totalement cacher le riz farci.

Replier le côté gauche vers la droite au plus près du riz, puis replier l’autre côté, en serrant bien.

Rouler le tout vers le haut, en serrant toujours, pour former un petit paquet rectangulaire, qui devrait ressembler à ça (mais avec les nervures à l’extérieur) :

Nuo Mi Ji avant cuisson

Notez que s’il y a une partie des feuilles qui dépasse, vous pouvez la découper ou la replier vers l’intérieur en la glissant dans le pli, ce qui a l’avantage de rendre le paquet plus hermétique.

Répéter toutes ces opérations avec les morceaux de feuilles, le riz et la farce restants.

À ce stade, les nuò mǐ jī peuvent être emballés dans un sachet plastique ou un récipient hermétique, puis placés au réfrigérateur où ils se conservent pendant 3 jours, ou au congélateur pour 3 semaines. Dans ces deux cas, il faudra veiller à ce que les paquets soient à température ambiante avant la cuisson finale (ou les cuire 5-10 min de plus).

Finir de cuire les nuò mǐ jī en les passant à la vapeur 15 min, jusqu’à ce qu’ils soient complètement réchauffés et que les saveurs s’amalgament ; ils doivent être moelleux au toucher. Si vous souhaitez que l’arôme de feuille de lotus soit plus prononcé, cuisez-les plus longtemps (on peut tranquillement aller au-delà d’1/2h).

Pour déguster, ouvrir les feuilles et planter vos baguettes dans le riz chaud et parfumé (attention quand même, amis ogres, les feuilles de lotus ne se mangent pas ^^) !

Nuò Mǐ Jī, Riz gluant au poulet en feuille de lotus

Màn​ màn​ chī / Maan jung ! (vous aurez sans doute deviné que ça veut dire « bon appétit » ;))

15 réflexions sur “« Nuò mǐ jī » / « Lo mai gai » : riz gluant au poulet cuit en feuille de lotus, à la Cantonaise

  1. Ah oui c’est dingue! Ton dessin est très joli, je me permets de mettre le lien de ta recette dans la mienne pour que les gens aient une vision plus complète sur le produit et la cuisson! Bises

    • Merci Margot, c’est très gentil ! C’est sûr que je me suis sentie obligée d’être le plus complète possible vu que c’est la première fois que je parle de certaines choses sur mon blog !
      Je me suis d’ailleurs aussi permis de faire des liens vers ton site, notamment pour les ingrédients…
      Bon week-end ! Bises.

  2. Waou, superbe. Helena, cette recette est tout simplement magnifique ! Je ne connais pas grand chose à la cuisine chinoise (ni asiatique en général), mais j’aime beaucoup le livre de Nguyen, je n’ai essayé que ses dumplings « simples », mais ils étaient tous plus délicieux les uns que les autres. Je n’ai jamais essayé cette recette, mais ta description, et tes photos « step-by-step » font vraiment rêver ! Ca doit être délicieux !

    • Waouh, merci pour ton commentaire enthousiaste ! Oui, c’est délicieux, bien que j’aie une légère préférence pour le riz cuit dans des feuilles de bambou… Je ne voudrais pas faire de prosélytisme mais la cuisine asiatique gagne vraiment à être connue ; et la cuisine chinoise est je pense la plus accessible, dans la mesure où elle est d’une telle diversité que tout le monde peut y trouver son compte (même mon homme, pour dire) !
      En tous cas c’est vrai que ce livre est un indispensable quand on s’intéresse aux « dim sum », même si en l’occurrence j’ai dû modifier la recette d’origine concernant la quantité de riz (un peu trop modeste).

  3. Je pourrais évidemment te parler en long, large et travers du riz et du riz gluant, mais je pense l’avoir déjà assez fait dans mes mails! Donc je me contenterais de dire que cet article est superbe…
    Pour ma part, j’ai donc fait un deuxième essai ce week-end, avec un gâteau farci inspiré du Banh Chung de Piment Oiseau. Donc sans précuire le riz (parce que je n’ai décidément pas le matériel adapté), emballé dans du sulfu et à l’eau bouillante… (ça reste une cuisson vapeur car l’eau n’est pas en contact avec le riz). ben c’était pas mal mais, décidément, toujours pas la texture que je recherche. Le riz est trop humide et aps assez gluant. Il n’a pas vraiment cette texture « sticky » et cette mâche particulière, que l’on retrouve dans les restaurants… Va falloir investir dans des paniers vapeur ou autre je crois.

    • Merci Auriane ! Je suis désolée pour toi, c’est vrai que moi aussi j’ai assez rapidement ressenti la nécessité d’acheter de quoi cuire à la vapeur quand je me suis lancée dans la cuisine asiatique. Tu as essayé la méthode de la cocotte et du ramequin ?! Les paniers vapeur ça reste abordable question prix, et ça s’adapte plutôt bien sur les poêles et casseroles. Et sinon, tu as déjà pensé à une marguerite ?
      C’est sûr en tous cas que le riz gluant bouilli (même empaqueté, c’est un peu comme les zong zi) est complètement différent en texture du riz simplement cuit à la vapeur ; moi j’aime les deux, mais c’est vrai que quand on est à la recherche d’une sensation gustative précise, on est plus facilement déçu. Bonne chance en tous cas pour ton ou tes prochain(s) essai(s), et n’hésite pas à me faire part de tes avancées !

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  5. Non je n’ai pas encore tenté ta méthode… je vais pas tarder. Tu disposerais le riz directement sur l’assiette? Par contre je n’ai aucune idée de quoi tu parles à propos d’une « marguerite »… Dernière question: si/quand tu n’avais pas ton cuiseur vapeur de compèt’ (il ressemble à quoi d’ailleurs?) tu préfèrerais quoi, comme type de moyen de cuisson pour ce riz?

  6. Je viens de découvrir ton blog, j’en suis ravi, il est superbe, très bien expliqué et plein de belles photos, comme j’aime. Je vois en plus que tu es très fan de cuisine asiatique, moi aussi😉 Bonne soirée

    • Merci pour ton passage et ton commentaire, tu es le bienvenu !
      La gastronomie asiatique est tellement riche… difficile de rester insensible à ses sirènes quand est passionné(e) cuisine😀
      Bonne fin de journée.

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